Kristoffer Waardahl (Crytek Budapest)
Le studio hi-tech à l’heure iOS
Développeur allemand bien connu des technophiles pour avoir signé des pointures sur machines de salon comme FarCry ou Crysis, Crytek prend position aujourd’hui sur le secteur du jeu sur mobiles avec un premier titre,
Fibble, disponible sur App Store. Kristoffer Waardahl, Studio manager de Crytek Budapest, nous en dit plus sur ce titre qui se distingue à plus d’un titre parmi les productions de la marque.
Hitphone : Combien de personnes ont travaillé sur Fibble et combien de temps ?Kristoffer Waardahl : Il est difficile de communiquer sur le nombre de personnes qui ont travaillé sur le projet et d'estimer précisément le temps passé dessus! L'idée de Fibble a coexisté avec d'autres du genre pendant un certain temps mais, à un moment donné, elle est passée au premier plan. Nous avions aussi la volonté d’identifier et travailler sur une technologie qui rende Fibble possible, ce qui veut dire que le processus a impliqué de nombreuses personnes à des étapes très différentes.
Fibble est le premier jeu sur smartphone de Crytek. A-t-il été développé par les mêmes personnes qui travaillent sur les autres projets ?Nous avons tout naturellement pioché dans notre vivier de talents et constitué une équipe convenant particulièrement au travail sur ce titre, mais celle-ci était en grande partie constituée de gens qui avaient une expérience auparavant sur d'autres jeux Crytek.
Pourquoi développer des jeux sur Smartphones ? Quel regard portez-vous sur ce marché ?Bien qu'on nous associe généralement à certains types de jeux “blockbusters”, nous aimons tous chez Crytek pratiquer des jeux sur nos téléphones portables. Développer sur ces machines nous est donc apparu comme une démarche tout à fait naturelle et cela faisait des années que nous évoquions entre nous la possibilité de faire des jeux pour ces machines. L'industrie du téléphone portable est immense et elle est en expansion, ce qui nous a aussi naturellement donné envie de nous impliquer sur ce secteur. À un certain moment, nous avons estimé que les appareils portables du marché pouvaient supporter notre vision du « jeu en itinérance » et faire tourner les titres que nous avions envie de fournir aux joueurs. Il est d’ailleurs excitant de penser que les appareils portables deviendront de plus en plus capables d'accueillir des titres de ce genre au fil des années qui viennent.
Crytek est réputé pour ses jeux hi-tech AAA orientés «hardcore gamer ». Un titre comme Fibble ne risque-t-il pas de dérouter votre public ?C'est vrai, je pense qu'il a vraiment surpris les gens qui attendaient quelque chose de bien précis de la part de Crytek ! Cependant, notre cœur de cible est principalement un public très branché jeux et nous savons que ceux-ci adorent aussi jouer à toutes sortes de jeux de différents genres sur d'autres machines. Et puis en général, nous avons toujours envie de surprendre avec nos nouveaux jeux mais aussi de toucher de nouveaux publics.
Quel public visez-vous précisément avec ce titre ?C'est un groupe plutôt large : les amateurs de jeu d'énigmes et d'arcade, les gamers, mais aussi les familles et les joueurs plus jeunes. Les téléphones portables offrent une grande accessibilité aujourd’hui et sont utilisés par beaucoup de gens. Nous espérons donc vraiment que Fibble va atterrir dans les mains de nombreuses personnes.
Fibble est un nouvelle IP. Pourquoi ne pas avoir adapté Crysis par exemple ?Nous cherchions à fournir aux joueurs quelque chose de totalement nouveau et d'inattendu. Fibble correspondait tout à fait à cette envie. C'était une idée qui traînait dans l'air en interne depuis un bout de temps et, alors que nous envisagions différentes possibilités quant à ce que nous allions faire ensuite, celle d'un jeu d'énigme revenait sans cesse sur le tapis. Comme nous sommes une firme composée de gens ayant des intérêts et des passions diverses en tant que joueurs, il nous a semblé tout naturel d'orienter le développement dans cette direction. Il était juste cohérent pour nous d'élargir nos centres d'intérêt.
Les jeux sur smartphones ont des cycles de vie propres. Comment travaillez-vous Fibble ? Le cycle de vie est déjà planifié et vous pouvez vous attendre à voir sortir beaucoup de nouveaux contenus dans l'année qui vient comme des niveaux et des objets. Vous pourrez même peut-être voir Fibble rencontrer de nouveaux amis !
Que pensez-vous des différents modèles d'exploitation commerciale des jeux sur smartphones ? Il en existe beaucoup en effet et chacun d'eux s'appuie sur des forces différentes pour atteindre ses buts. La vraie problématique est de bien choisir le modèle le mieux approprié au jeu concerné (Fibble est vendu 0,79 euro puis propose des options payantes, ndlr).
En quoi l’expérience d’un studio comme Crytek sert-elle lorsque l’on aborde une nouvelle plate-forme ?Je pense qu'avoir une expérience de développement sur des plates-formes diverses s'avère toujours utile lorsqu’il s’agit de faire le saut vers une nouvelle, et c'est vrai que nous avions un avantage dans ce domaine. En général, la création d'un jeu permet d'apprendre par l'expérience et donne naissance à d'autres idées pour des titres ultérieurs. Avec Fibble nous étions également dans la position enviable d'être à même d'utiliser une version de notre propre moteur CryEngine perfectionné pour le développement sur appareils portables.
Etes-vous intéressés par la possibilité les appareils mobiles comme deuxième écran pour le jeu sur machines de salon ? Bien sûr, nous sommes intéressés par cette dimension. Il est judicieux désormais de réfléchir en amont en fonction de ces possibilités et d'envisager toutes les options possibles pour l'avenir.
Que pouvons-nous espérer de Crytek dans le futur en ce qui concerne les Smartphones ? Le jeu Fibble n'est absolument pas destiné à être un cas isolé. C'est un début. C'est un jeu dont nous sommes vraiment fiers et nous espérons que les joueurs y prendront du plaisir mais ce n'est qu'un début pour Crytek dans le domaine des jeux sur mobiles.
Crytek, usine à blockbusters

Fondé à l’aube des années 2000, le studio allemand Crytek s’est vraiment fait remarquer sur la scène internationale du jeu vidéo dès 2004 en signant Far Cry, un jeu d’action en vue subjective à la réalisation brillante emmenant le joueur sur une île paradisiaque pleine de dangers. Il est basé sur la première génération du moteur propriétaire CryEngine et publié par Ubisoft. En 2007, Crytek lance Crysis, un nouveau jeu en vue subjective qui pousse encore plus loin le savoir-faire du studio. Celui-ci a signé avec Electronic Arts et va développer la franchise avec une extension pour PC puis une suite remarquée (Crysis 2 en 2011). Crysis 3 vient d’ailleurs d’être confirmé pour début 2013 chez EA. En quelques années, la structure qui compte une demi-douzaine de studios différents s’est imposée comme une référence dans le domaine du FPS mais aussi sur le plan technologique avec le moteur CryEngine. Après avoir ouvert sa stratégie éditoriale aux consoles (Crysis 2 puis la ressortie digitale du premier), le studio s’attaque aujourd’hui aux jeux sur mobiles.