Si la représentation photo réaliste de la batterie ne suffit pas à faire craquer – et il y en a trois différentes – les cordes pliables comme des vraies de la guitare devraient faire l'affaire – et il y en a quatre. La question n'est pas tellement de savoir si
GarageBand est d'abord un logiciel semi pro destiné aux vrais musiciens, un simulateur d'instruments de musique, un outil d'enregistrement et de mixage musical, un ampli, un hommage fétichiste aux instruments de musique, un jeu vidéo… la question est surtout : comment et pourquoi y résister ? Parce que, plus encore que la version bien connue sur ordinateur Mac, GarageBand sur iPad est tout cela à la fois. Sans compter qu'à 3,99 € l'appli, soit trois fois moins chère que la version logicielle du Mac au tarif déjà bien en dessous des services rendus (11,99 € via le Mac App Store), la démocratisation software voulue par Apple ressemble surtout à un procédé viral de pénétration. Infectieux mais bienvenu. Si l'iPad coûte tout de même un certain prix, en donnant accès à des applis incroyables et pourtant à petits prix comme GarageBand (et de nombreuses autres testées ici même sur Hitphone.fr), le prix relatif d'achat de l'iPad baisse au fur et à mesure qu'il prend de la valeur avec de riches contenus. Au-delà du raisonnement comptable, bien sûr, GarageBand est tout simplement
un logiciel musical au potentiel de fun et de créativité phénoménaux.La première approche irrésistible concerne évidemment la
possibilité de jouer des instruments de musique en tapotant la surface de l'écran. La représentation visuelle et sonore maniaque et même respectueuse de chaque instrument avec son design original et ses matériaux intimident cinq secondes avant de crier : viens m'essayer ! L'interface multitouch a ses avantages, contact direct et intuitif, résultats et plaisir instantanés, et ses inconvénients, la surface lisse de l'écran ne remplacera jamais le touché d'un vrai instrument. Syndrome du riche trop bien nourri, les dizaines de claviers musicaux, de guitares, basses et kits de batteries acoustiques ou synthétiques inclus finissent par faire remarquer qu'il manque bien d'autres instruments de percussions, à cordes, et, évidemment, à vent.
Il faudra pourtant des jours et des jours avant de faire le tour de ceux inclus, sous leur forme standard, ou en versions dites "smart". Dans cette catégorie, au lieu de rester figées,
les cordes des guitares simulent leur souplesse sous la pression du doigt comme si on les pinçait, les cordes des guitares basses vibrent, les touches des pianos classiques ou des keyboards synthétiques fusionnent en harmonie pré programmée. Le résultat commence par réjouir les yeux, puis les oreilles puisque des sons plus musicaux se déclenchent plus facilement. La section "smart" batterie, elle, propose un ingénieux damier où il suffit de glisser-déposer, d'abord au hasard, puis avec discernement, différents éléments de percussions sur une grille à 4 variables allant d'une rythmique simple à complexe et d'un volume fort à silencieux. À partir de ces éléments, l'appli joue alors automatiquement une section rythmique qui peut être mémorisée. On y reste scotché à essayer toutes les variations.
L’iPad se transforme en véritable studio d’enregistrement
A quoi bon inventer une mélodie peut-être inédite, tomber un solo de guitare électrique à mourir, ou placer une imparable base rythmique s'il n'était pas possible de le mémoriser ? Avec la même facilité tactile et des animations qui jamais ne donnent un doute sur ce qui se passe à l'écran, GarageBand permet d'enregistrer instantanément ses essais, quand on tâtonne, ou son travail, quand on maîtrise.
Le bouton rouge familier d'enregistrement est toujours présent en haut de l'écran, comme celui de la lecture. Mémoriser un rythme pour aussitôt le faire tourner en boucle et jouer un morceau de guitare par-dessus se concrétise en quelques secondes. Encore une fois, la vitesse à laquelle le non musicien réussit à créer quelque chose d'écoutable laisse augurer de l'énorme potentiel qu'un vrai musicien ou bricoleur son pourra tirer de ce GarageBand faussement casual.
Un peu plus complexe mais au fond assez commune à tous les logiciels de mixage,
iMovie en tête, l'appli offre jusqu'à 8 pistes à mixer simultanément, soit deux fois plus que les 4 pistes dont disposaient les Beatles a malicieusement rappelé Steve Jobs pendant sa présentation du logiciel. Là encore, même si le talent de MC/DJ de chacun reste à inventer,
l'interface peut difficilement se rendre plus accessible à l'aide de glissés du doigt quasi instinctifs, pression maintenue du doigt qui fait apparaître des poignées sur les extrémités des pistes pour les allonger ou les raccourcir. Ce n'est pas tout à fait un jeu d'enfant, mais ça y ressemble beaucoup.
Et si cette partie là semble un peu plus technique, elle devient presque aussi vite irrésistible que la partie instrumentale pure après avoir visité la
fonction d'enregistrement de la voix avec le micro intégré de l'iPad puis la fonction qui assène le coup de grâce : le sampler ! Celui-ci enregistre aussi le son par le micro mais le transforme aussitôt et sans manipulation en échantillon sonore jouable sur le clavier musical avec toutes les variations de tonalités possibles ! Faites faire oua! oua! à votre chien, ggah..ggah à votre bébé, aaahh aaahh à votre copine, samplez-le instantanément, rejouez le dans toutes les variations, glissez par dessus un mixe sonore ou musical et vous voilà devenu roi du monde, ou au moins de la soirée. Un moment de gloire qui peut être envoyé par mail, transféré directement sur iTunes au format Garage Band ou AAC pour la postérité (quand on arrivera à mettre la main sur le fichier exporté qui pour l'instant joue à cache-cache dans iTunes).
Des perspectives fabuleuses pour les pros comme pour les novices
La plupart des options se rendent accessibles et compréhensibles avec une facilité déconcertante. Au pire, une pression sur le bouton d'interrogation en haut à droite fait apparaître/disparaitre des petites bulles d'aides à côté de chaque fonction. Il y a chez Apple, comme chez Nintendo, un génie rare à savoir bien placer un bouton, une commande, de façon à ce que l'utilisateur comprenne et apprécie aussitôt ce qu'il fait.
GarageBand a ce mélange magique de mystère de surface qui pourrait intimider, et d'accessibilité immédiate qui décomplexe aussitôt l'usage. Oui il y a des boutons qu'un musicien, qui peut
brancher sa guitare électrique et transformer l'iPad en ampli (plusieurs dizaines de classiques au choix avec tous les boutons de réglages actifs) appréciera sans compter. Oui des curieuses molettes de variations du son, en amont de la composition ou en temps réel, feront le bonheur d'un ingénieur du son qui s'y reconnaîtra aussitôt. Mais devant ce qui ressemble aussi, tel un vieux jukebox remis à neuf, à un petit musée des instruments de musique, un amateur en comprendra l'usage à la seconde où il essaiera ce qu'il verra. Alors, s'il fallait regretter au moins une chose, ce serait l'absence de fonction AirPlay susceptible de renvoyer le son vers un ampli plutôt que d'avoir à se contenter du haut-parleur mono de l'iPad ou d'écouteurs individuels.
Qui sait encore vraiment très bien ce qu'il faut comprendre derrière les nouveaux concepts comme l'internet des objets ou, même les objets intelligents ? Quelques minutes avec GarageBand sur iPad répondent empiriquement à la question.
Une vitre, une appli, et le monde musical se retrouve comme par miracle entre ses mains. Alors qu'on commence tout juste à identifier la génération digitale née au milieu de l'effervescence des outils numériques, on peut prédire à coup sûr qu'il y aura une génération de musiciens GarageBand.