Final Freeway 2R
Road trip
Il y a plusieurs façons d'aborder le remake d'un titre comme
Out Run. L'une d'entre elles est de n'y voir qu'un jeu de course vieillot : pas de véritables adversaires, gestion physique du pilotage ultra-archaïque, un seul parcours, etc. Mais c'est se tromper complètement de sujet. Comme l'affirmait il y a quelques années le créateur Yu Suzuki dans une interview, il ne s'agit pas là d'un jeu de course mais d'un jeu de "conduite", l'objectif étant moins de tester les performances du joueur (même si n'arrive pas sur la ligne d'arrivée qui veut…) que de retranscrire une expérience et un mythe bien spécifiques : le road trip. Ouvertement inspiré du film L'Équipée du Cannonball (ahhh, ce générique avec la Lamborghini Countach…, ndrc), Out Run est en cela le produit de son époque, le pur fantasme d'un étranger rêvant la pop-culture américaine des années 80 : la bagnole, bling-bling de préférence (Ferrari rouge tendance Deux flics à Miami), la blonde posée dans le fauteuil passager, les décors de cinéma (higway sous la pluie, désert, suburbia, plage ensoleillée…), les cheveux dans le vent… Cette soif d'espaces et de liberté sur laquelle s'est construit tout un pays, en somme, traduite ici en termes de gameplay par la possibilité de créer sa propre course en choisissant l'un des deux tronçons proposés à des intersections régulières. Choose your destiny. Be your own man.
Un clone quasi-parfait d'Out Run de Sega

Si cette longue introduction à première vue hors-sujet était nécessaire, c'est parce que Final Freeway 2R est un clone quasiment à l'identique d'Out Run. Même concept, même véhicule, même visuels pixellisés "authentiques"… Généralement, la réussite d'un tel exercice se mesure à la qualité de la réalisation, et le savoir-faire technique des (du ?) développeurs est ici difficile à mettre en défaut. Le travail fait sur la sensation de vitesse, par exemple, est irréprochable, les décors défilant à 260 à l'heure sans l'ombre d'un ralentissement. Même chose pour les contrôles à l'accéléromètre (des options plus classiques sont néanmoins présentes), faisant pencher le décor en même temps que les "coups de volant". C'est le meilleur des deux mondes : sensations et lisibilité. Ce qui pousse le titre au-dessus de la simple copie, en revanche, c'est l'intelligence de la démarche rétro, la pertinence des choix de design (que faut-il mettre à jour ? que faut-il laisser inchangé ?) montrant une vraie compréhension du jeu et de ses caractéristiques essentielles. On pourra ainsi découvrir quelques mécanismes inédits comme, par exemple, une course secondaire contre un unique adversaire en plus du trafic, un challenge parallèle introduisant une sorte de rivalité macho à la Top Gun, donc très en phase avec le thème principal.
Le plaisir simple d'aller (très) vite et loin
Bien sûr, il ne faut pas non plus attendre que Final Freeway se transforme soudainement en un jeu qu'il n'a jamais eu l'intention d'être. Out Run n'est pas Need for Speed et oui, le concept a quand même vieilli (la susceptibilité du gestionnaire de collisions, en particulier, est un peu lourdingue, sans parler des mouvements ultra-suspects de l'adversaire). Le titre reste néanmoins un vrai bon moment de gameplay arcade, une respectueuse résurrection de classique à rapprocher du relativement similaire
Trucker's Delight de Mobigame. C'est le plaisir simple de glisser une cassette dans l'autoradio (geste que les créateurs ont eu la bonne idée de traduire en offrant la possibilité d'écouter ses morceaux iTunes au lieu de la musique du jeu), d'écraser la pédale d'accélérateur et de slalomer entre les files, avec pour seul objectif d'aller vite et loin. A l'heure où les radars quadrillent plus que jamais la France, où le prix de l'essence explose et où le simple fait de posséder un véhicule est quasiment devenu un luxe, l'expérience n'a rien perdu du frisson transgressif qu'elle procure.